Hubert le Roux

Vos aimables commentaires pourront être publiés au bas de cette page.

Vous pouvez les poster à cette adresse : leseditionsdemathusalem@gmail.com

Pour ceux qui douteraient encore…

Cette fois-ci, il n’aura pas fallu attendre deux mois pour que se poursuive la saga totalement surréaliste des animaux qui pensent.

Nous avions les orangs-outangs utilisateurs chevronnés d’Ipad, souvenez-vous, puis la baleine qui donne ses ordres pour bénéficier de la solitude de son bassin : nous voici maintenant confronté à Koshik, l’éléphant qui veut rassurer son pauvre dompteur, un nommé Kim. Koshik agit consciemment : ce n’est pas affirmé explicitement mais habilement suggéré. Cette fois, c’est l’hebdomadaire Le Point qui s’y colle et qui cite à l’appui de ses inepties les sources scientifiques : « nous pensons qu’il a appris et qu’il reproduit les mots afin de forger des liens de confiance avec Kim », a expliqué Oh Suk-Hun, vétérinaire d’Everland qui a étudié le comportement du pachyderme avec des scientifiques de l’université de Vienne. Vous avez bien lu : l’éléphant a appris l’humain dans le but de forger des liens avec un humain. J’imagine que dans leur langage, il a fallu du temps aux pauvres humains pour saisir la volonté pachydermique. Et vous l’avez lu aussi : des scientifiques de l’université de Vienne ont été appelés en renfort ! La belle valse de l’imposture…

Bientôt on nous fera croire aussi qu’en France il y a des éléphants qui manifestent leur pensée et qui sont capables de s’exprimer en humains.

Ca va faire plaisir du côté de la rue de Solférino ça…

Le 4 novembre 2012

Beluga

En dépit du temps qui passe et qui ne me permet pas de laisser quelques messages ici aussi souvent que je le souhaite, j’observe que l’actualité nous sert jusqu’à plus soif les mêmes rengaines imbéciles et les mêmes poncifs naturalistes visant à promouvoir le protohumain. Nous voici cette fois, à deux mois d’intervalles de nos bons orang-outangs, face aux baleines.

L’inénarrable Figaro se fait ainsi l’écho d’une baleine, moins baleine que les autres sans doute, qui a (et non qui aurait, le doute n’est plus permis) qui a réussi à imiter la voix humaine. Ce pseudo journal d’information précise même, sans rire, qu’un plongeur qui nageait dans le même bassin que la belle (on n’ose dire la bête…) est sorti d’un coup de l’eau en demandant qui lui avait susurré à l’oreille de sortir. Et devinez quoi ? C’était la baleine bien entendu. Le gars devait sentir mauvais sous les bras, c’est certain…

Comme c’est beau… Le Figaro ne dit pas si des rires de baleine ont fusé autour du bassin devant la tête d’ahuri du plongeur.

Mais après tout, il y a peut-être un fond de vrai dans tout ça… En effet, tous les jours on peut rencontrer des baleines qui parlent.

Il suffit de prendre les transports en commun de la région parisienne pour le constater.

Le 22 octobre 2012

Yνῶθι σεαυτόν

L’écoute matinale des radios nous apprenait aujourd’hui une grande nouvelle. Des orang-outangs à qui l’on a confié des tablettes tactiles (des IPad en l’occurrence) ont appris à faire défiler des images et même, accrochez-vous aux branches, à se servir de skype pour se faire des grimaces entre eux ce qui, en creux, prouverait leur grande intelligence.

Alors de deux choses l’une : soit le journaliste ment et affabule littéralement extrapolant le pauvre fait sans intérêt de primates jouant avec un objet coloré sans en saisir le moindre intérêt, soit il dit la vérité et plusieurs enseignements de la plus haute importance doivent immédiatement faire l’objet d’une réflexion approfondie. En voici, en vrac, quelques uns. La liste n’est pas exhaustive, mais j’y travaille…

  • des singes ont inventé le moyen de faire raconter n’importe quoi à des humains ;
  • en réalité, orang-outang est l’autre nom du geek ;
  • les grimaces sont un mode de communication comme un autre. Faut-il s’en inspirer ?
  • une catégorie d’auditeurs (laquelle ?) est assez sous-développée pour qu’on puisse tenter de lui faire gober ce type d’information né d’un pseudo reportage ;
  • la bêtise humaine n’a d’autre limite que celle de l’intelligence supposée des primates ;
  • les journalistes sont devenus des scientifiques éclairés dont les enseignements doivent être reçus avec déférence ;
  • les produits Apple sont parfaitement adaptés aux primates (à moins que ce ne soit l’inverse ?)
  • au secours, Ionesco reviens : le RER ou le métro sont pleins d’orang-outangs !

Vous voyez autre chose ? Ça m’aiderait…

Le 27 août 2012

Vivisection

Vouloir vivre plusieurs vies en même temps expose au grave danger de rater au moins l’une d’entre elles. Généralement la sienne…

Grave erreur, donc, de vouloir se construire des personnages qui ne sont pas soi, de désirer à tout prix ajouter une coudée à sa taille, de préférer l’accessoire à l’essentiel, d’oublier jusqu’à cet essentiel, et de vivre en définitive d’illusions dont personne n’a réellement cure et qui disparaissent dès que l’on cesse soi-même de les évoquer et d’en cultiver le vain artifice.

Le 20 août 2012

Français ?

Par un vœu spécial prononcé voici un peu plus de trois-cent soixante quatorze ans, hier donc, le 10 février 1638 exactement, le roi Louis XIII instituait la date du 15 août comme fête nationale de la France et décidait que des processions honoreraient la Vierge dans tout le royaume, fêtant en cette date le patronage sous lequel il plaçait dorénavant son pays et ses sujets. Cette décision, faut-il le souligner, n’a jamais été abrogée. Acte religieux dicté par la foi d’un homme, acte politique décidé par un chef d’état dans l’exercice de ses fonctions, à une époque où cette mixité harmonieuse allait de soi pour la quasi totalité de la population, exception faite de quelques réfractaires : mais il y en a toujours eu.

Depuis, il semble que les choses ont évolué. Et pas qu’à la marge…Arrêtons-nous un instant sur deux seuls avatars.

Aujourd’hui, le peuple de France (on ne dit plus les Français) a élu un François Hollande après avoir, en leur temps, plébiscité, pour faire récent, des Sarkozy et des Chirac. Une forme de descente aux enfers particulièrement réussie, un délitement continu de la pensée et de l’action politique, un affaissement des formes et du fond. Au bilan, un cocufiage permanent, librement consenti et délibérément choisi.

Aujourd’hui, la personnalité préférée du peuple de France se nomme Yannick Noah. Après des années d’abbé Pierre, pourquoi pas. Une forme de constance, finalement, même si l’on peut observer que l’abbé Pierre devait moins bien jouer au tennis que son successeur. Pour le reste, la pensée et la générosité ne sont pas loin de se ressembler. On vous le dit, la main sur le cœur et le pétard aux lèvres.

Aujourd’hui, les exemples et les signes de la modification profonde de la société sont bien plus nombreux que ne l’indiquent ces deux seules illustrations. On objectera, certes, qu’il y a encore des calvaires à certains carrefours de routes, que toutes les églises n’ont pas été changées en bistrot et que des villages portent toujours le nom de leur saint patron. Mais pour combien de temps encore ?

Alors qu’il y a presque trois siècles Montesquieu se demandait comment on pouvait être Persan, il faut bien admettre qu’aujourd’hui la question se pose, en France, de savoir comment il est possible de se sentir encore complètement Français ? C’est à dire de savoir comment cultiver le sentiment d’appartenance à une même collectivité. A une même société, à un même système, à une même culture.

Tout simplement, semble-t-il, en étant à son tour, aujourd’hui, globalement réfractaire, puisqu’il y en a toujours eu…

Je leur souhaite, aujourd’hui, une bonne fête !

Le 15 août 2012

Deuil

D’abord on agit comme un automate. Un outil programmé qui exécute les tâches qu’il faut. Les sentiments, pour autant, ne sont pas absents : mais au début l’action prime. L’acteur est aussi le spectateur de ses propres actes. Cette distance relative constituant une forme évidente de protection contre le malheur : c’est moi qui agis, je le sais bien, mais j’observe aussi car ce ne peut-être véritablement moi. Parce que c’est trop dur, trop pénible, pour être vrai. Et de cette observation naît aussi le recueillement.

Vient le moment qui suit. Juste après. Plus qu’une prise de conscience brutale, celle-ci a déjà eu lieu avant l’action, c’est désormais l’évanouissement, la disparition, de la distance protectrice. Car on n’en a plus besoin. Mieux : son maintien constituerait un obstacle à la nécessaire poursuite de la marche en avant. Par conséquent, cette distance s’efface au profit d’un constat sans fard des réalités. C’est un dur besoin, une cruelle nécessité mais qui s’impose, sous peine de schizophrénie durable. Cette période qui sépare l’instant de l’acceptation varie selon les individus. Elle varie d’intensité et de durée. Mais elle existe toujours.

Après, il convient de donner un sens à la poursuite de sa propre marche. Un sens spirituel, c’est évident, mais aussi un sens concret. « Encore un pas » : ainsi Bigeard exprimait-il, pour les prisonniers de l’Indochine, la condition de la survie. Encore un pas : mais encore faut-il savoir dans quelle direction. Voilà pourquoi le concret et le spirituel ne sauraient se passer l’un de l’autre. C’est cela donner du sens : la seule volonté ne suffit pas.

L’oubli n’efface rien. Il n’y a pas d’oubli, d’ailleurs. C’est impossible. Mais il y a transcendance. Dans le souvenir, par la mémoire et la continuation, se trouvent les germes et à la fois l’illustration continue de la civilisation qui dure et qui se poursuit malgré tout. Parce qu’il le faut. Parce que la nécessité et la nécessité de la transmission le commandent. Une volonté dirigée en quelque sorte.

Voilà donc bien le deuil : un passage difficile et destructeur dont les leçons servent et conditionnent une suite qui ne saurait exister sans lui.

Comme meurt dans le sol, la graine dont naissent les plus belles plantes : il y faut parfois plus d’une génération. Mais qu’importe !

Le 2 août 2012

Allitération

Répétition d’une consonne, ou parfois d’une consonance (même si la définition ne s’y rapporte pas aussi étroitement), l’allitération est un ornement de la langue française.

Peut-être même que seule cette langue, si diverse par ailleurs, permet de la bien goûter. Si l’on considère en effet les langues asiatiques, la répétitivité sonique y est permanente et le rythme tient plus aux intonations employées qu’à la construction de la phrase ou à la structure des mots. Les langues africaines procèdent du même effet. En Europe, peut-être que l’espagnol et l’italien y approchent. L’anglais, pardon : l’anglais ne saurait être considéré comme une langue. A peine un charabia vulgaire dont l’emploi universel montre bien qu’il est trop facilement accessible pour exprimer quelque beauté ou quelque civilisation que ce soit. Passons rapidement…

Pour revenir à l’allitération, certaines sont restées célèbres comme celle que Racine met sur les lèvres d’Oreste s’adressant à Pylade : « pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?« .

Je vous en confie une autre de ma confection, bien moins célèbre il est vrai et beaucoup moins poétique que celle de l’auteur d’Andromaque. Quand croissent et coassent les cacatoès, issus de caisses cassées qui crissent dans un grand pataquès, je cris: quoi ? Qu’est-ce ?

A vous de jouer ! Nous publierons ici même, le cas échéant, les meilleures de vos contributions.

Le 7 juillet 2012

Boson le clown

Si j’en crois les déclarations enthousiastes de la plupart des scientifiques qui se sont récemment répandus sur la question, le boson de Higgs aurait été découvert. Jubilation ! Je vous laisse découvrir ce que cache cette découverte. Sachez seulement que les dits scientifiques l’annoncent avec, disent-ils, 99,9999% de certitude.

Du coup, moi, j’ai un doute.

Le 6 juillet 2012

Le syndrome du pizzaïolo

Chez nos amis transalpins, à mi-chemin entre l’espiègle Pinochio dont le nez s’allonge à la mesure de ses errements, et Rugantino, le querelleur fanfaron, arrogant et le plus souvent mal fagoté, s’ébattent toujours quelques condottieri en mal de reconnaissance et désireux, toujours, d’épater la galerie de leur propre suffisance au profit d’une gloire incertaine dont ils aiment à respirer les effluves trompeuses et dans laquelle ils se drapent parfois théâtralement et toujours assez stupidement.

En bonne place, parmi ces bonnes âmes, figure le pizzaïolo.

Il en est de grotesques : ceux-là, le plus souvent, revendiquent pour eux la compétence de leurs pairs, s’évertuent à n’évoluer que dans la trace de ceux qui savent dans le seul but de recueillir le fruit de l’effort des autres et d’avancer alors, en pleine lumière, tout glorieux, la main tendue vers le client, portant à sa contemplation la pizza splendide, objet de toutes les convoitises. Ces pizzaïolos là sont malheureusement nombreux et encombrent l’espace. La profession souffre de leur présence aussi néfaste que répandue.

Car il en est, grâce à Dieu, de splendides ! De ceux qui vous tourneront une pizza magnifique, parée de toutes les vertus, c’est à dire de tous les ingrédients nécessaires, aimablement et judicieusement disposés sur une fine croûte à la fois onctueuse et craquante. De celles qui réclament, bien mieux qu’un pauvre rosé des calanques, un inoubliable Brunello di Montalcino. Ces artistes, compétents parce qu’ils ont eu l’humilité d’apprendre, la sagesse d’écouter et l’intelligence de trouver l’équilibre dans la progression, vous procureront les meilleures pizzas qui soient et sauront transformer le plat le plus simple en un instant rare.

Il vous reste donc à écarter les premiers au profit des seconds : ce n’est pas si difficile. Il suffit parfois de renifler.

Bon appétit !

Le 6 juin 2012

Rareté à signaler.

Trop occupé par l’écriture et par la parution prochaine du livre que je vous réserve bientôt, il y a bien longtemps que je n’étais venu traîner ici mes guêtres. J’en suis d’autant plus confus que je m’aperçois que le nombre de ceux qui viennent y glaner quelques mots demeure important.

Je reprends aujourd’hui la plume pour vous recommander, une fois n’est pas coutume, un magnifique artisan. Il se nomme Théo. Ça ne vous dira rien.

Théo dirige une petite entreprise, sise à La Rochelle, qui s’occupe de vendre des modèles réduits d’hélicoptères volants : pour cette seule raison, cet homme est déjà un bienfaiteur pour les petits garçons, et aussi, avouons-le, pour leurs pères… Mais ce n’est pas tout. Voilà un commerçant qui n’hésite pas à se mettre en quatre pour vous aider, à prendre le temps de répondre à vos mails, à vous expliquer comment changer une pièce, à vous appeler au téléphone pour vérifier que son aide est efficace, à vous envoyer les pièces qui vous font défaut, à prendre les échanges à sa charge si besoin : bref à vous aider. Et mieux encore, quand vous n’y arrivez pas et que vous lui annoncez que vous allez lui acheter un autre hélicoptère, écoutez-bien, il refuse ! Et vous rappelle jusqu’à réussir à vous faire faire la réparation et à continuer avec votre hélicoptère réparé… Théo est incroyable. Et quand vous lui exprimez vos remerciements, alors même que vous ne vous êtes jamais vus, il vous répond avec simplicité que c’est sa bonne action du jour.

Je ne connais pas Théo. Mais j’aimerais le connaître !

Je ne peux pas faire autrement que m’extasier devant cette amabilité, ce désintéressement si rare, si inattendu aujourd’hui. Je ne peux pas faire mieux que de vous adresser à lui. Suivez ce lien : il vous emmène tout droit au paradis des hélicoptères !

Le 25 mai 2012

Tolérance ? Zéro.

Claudel ou Clemenceau, selon les sources, se disputent le privilège d’être l’auteur de la célèbre maxime : « la tolérance ? Il y a des maisons pour cela ! »

Aujourd’hui, tout le monde revendique cette tolérance au nom de laquelle il conviendrait de se taire, d’arrêter de condamner, de lutter, de s’insurger, de s’indigner : en un mot, d’exister. Vous ne tolérez pas ? Alors vous êtes un fondamentaliste, un individu dangereux, un fanatique, un intégriste, un fasciste, un… La liste est sans limite.

Or, si l’on veut bien admettre que la tolérance ne s’exerce que vis-à-vis du mal (tolérer c’est supporter : le Bien on ne le supporte pas, on en profite), tolérer c’est admettre le mal. Et au nom de quel principe devrions-nous admettre ce qui est mauvais ? Il n’y en a pas un seul qui tienne, que ce soit du point de vue de la morale, de la philosophie, ni même du simple point de vue naturel. Supporter les individus qui professent le mal, tout en essayant tout de même, par pure honnêteté, de les en éloigner, évidemment : mais supporter le mal ? Au nom de quoi encore une fois ?

Que les ayatollahs de la tolérance aillent donc se montrer du côté de Claudel ou de Clemenceau…

Le 31 octobre 2011

Fin du monde ?

La lecture du Monde diplomatique, en dépit des quelques fadaises convenues qu’elle impose parfois, est un exercice souvent très éclairant. Dernièrement, dans des pages consacrées à la crise financière qui ébranle la planète, un article expose une partie des raisons qui a poussé vers cette crise. Il pointe du doigt, clairement, la responsabilité directe de quelques individus sans scrupules, sur-diplômés mais sans aucune culture (personnelle, sociale, de l’effort, de l’entreprise, de la production, de la finance etc…). Cet article est intitulé : une galerie de voyous respectables.

Son auteur confirme ce que l’on sait : ce monde a déjà explosé. Nous ne vivons que sur des survivances, des habitudes dont ce qui reste de tangible est en réalité fictif.

La poussée des barbus en revanche n’est pas fictive. Et nous n’avons plus grand chose à lui opposer. Pour reprendre un mot du Nombril d’Adam : l’Assise de ce monde vacille…

Alors fin du monde ? Sans doute pas encore. Mais fin d’un monde c’est évident.

Un autre est à construire.

Le 24 octobre 2011

Debout !

Après quelques recherches qui, je dois le dire, m’ont pris beaucoup de temps et m’ont coûté des efforts que peu imaginent, j’ai enfin fait la découverte que j’appelais de mes voeux depuis tant de temps. Ma générosité me conduisant naturellement au don gratuit, je vous en livre donc les fruits pour pas une drachme.

Il s’agit de la résurrection des corps.

Celle dont parlent les évangiles et qui doit survenir à la fin des temps. Sans plus attendre, et du moins sans attendre cette fin là, je suis en mesure de vous révéler où se passera cet événement : au Japon. Parfaitement, au Japon !

Le Japon, pays du sommeil levant…

Le 9 octobre 2011

Question

Comment peut-on s’aventurer à parler de « faute morale » lorsque l’on a, depuis longtemps, cessé de croire à la nécessité de la morale elle-même ? J’avoue ne pas comprendre… 

Le 19 septembre 2011

Politique

L’échéance de 2012 anime depuis quelques semaines le paysage médiatique : comme à chaque fois, nous en avons pour de longs mois. Des semaines entières consacrées au décorticage futile de déclarations assassines et sans aucun rapport avec le bien commun, phrases dont ne se délecte qu’un microcosme de personnalités vulgaires et stupides. Bref, ce qu’il est convenu d’appeler le monde politique français.

Mais de cela nous avons l’habitude et s’il y a lieu de s’en offusquer, il n’y a malheureusement pas lieu de s’en étonner outre mesure.

En revanche, que la taxe que paient tous les Français (ou presque) pour la redevance télévisuelle (comme si nous étions redevables de quoi ce soit…) serve à mettre en musique les primaires socialistes dont tout le monde se moque éperdument, dépasse l’entendement. Que ces prétendus candidats se débrouillent entre eux ! En quoi leur course à la désignation partisane intéresse-t-elle un service annoncé comme public ? Désolé, mais je ne vois pas comment cela est possible et je ne comprends pas que personne ne s’en indigne.

Sans doute que la dignité ne fait plus partie du bagage… 

Le 17 septembre 2011

En rang les enfants, les parents, les tantes, les…

C’est aujourd’hui, un peu partout en France, la rentrée des classes. Par bonheur, beaucoup d’enseignants ne sont pas en grève et les choses ont pu se passer à peu près correctement. Pour la grève, l’attente ne sera sans doute pas très longue : voilà déjà deux mois, deux mois de vacances ce qui pourrait peut-être expliquer le phénomène, qu’ils ne se sont pas mis en grève. Croyez-moi, ça ne durera pas.

En attendant les bambins retrouvent donc le chemin de l’école, ou le découvrent pour les plus petits d’entre eux.

Peu avant, tôt ce matin, un pédopsychiatre mal réveillé qui avait du confondre sa tasse de café avec un diurétique sévère, expliquait à la radio que cette rentrée était mal considérée, qu’elle ne faisait pas l’objet d’une attention suffisante dans une société qui, par ailleurs, est si dure avec les enfants, si madame. Et c’est vrai que cette société est dure avec eux : la preuve, on les confronte dès le plus jeune âge à des pédopsychiatres… Mais le sujet n’est pas là. Que prétendait, sur les ondes, l’infatué ? Qu’il ne suffisait pas que les parents soient conviés à ce drame que représente une rentrée des classes ; et qu’il fallait faire de ce jour sombre une fête, en conviant aussi les grand-parents et, pourquoi pas, les oncles et tantes. La rentrée devait être à la mode, c’est à dire festive ! Ben voyons…

Les parents, toute la famille et pourquoi pas les voisins, les relations de travail ou le tiers-monde ? Et si les oncles et tantes ont eux-aussi des enfants, comment faire ? On décale ? Et on se rend la politesse les uns aux autres ? 

On n’est pas loin d’en faire un jour férié, une bonne semaine fériée même, si l’on est un tant soit peu poli… Semaine qu’il faudra rattraper pour tous ceux qui n’auront pas pu participer à la fête car beaucoup, les enseignants par exemple ou les pédopsychiatres de radio, n’auront pas pu en profiter du bon côté !

Tiens, en plus de la récup, voilà un bon sujet pour la prochaine grève…

Le 5 septembre 2011

Requiem

Le passé n’est rien d’autre, finalement, qu’un futur vers lequel on refuse trop souvent de se tourner et au sujet duquel on n’accorde que trop rarement la considération qu’il mérite.

Le 19 août 2011

Bossuet

Je ne connais rien de plus actuel, rien de plus vrai, de plus instructif, rien de plus nécessaire que Bossuet…

Prenez ainsi toutes les idéologies, tous les systèmes de gouvernement existants, les hommes qui s’y élèvent et ceux qui s’y maintiennent, le prix que réclame l’atteinte de ces objectifs et mettez cela en rapport avec les affaires sordides qui agitent les journaux, avec l’esclavage insupportable dans lequel sont tenus les peuples, l’incroyable asservissement dans lequel si peu de gens tiennent tant de monde et l’extinction visible et programmée de notre civilisation et dites-moi enfin si une phrase résume mieux tout cela que celle-ci : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences dont ils chérissent les causes ».

Tout y est.

Et surtout la terrible condamnation d’un Dieu dont il n’est dit nulle part ailleurs qu’il puisse rire.

N’est-ce pas fulgurant ?

Le 22 juin 2011

Menteur

Peut-être à la recherche d’un bon mot, poursuivant des éclairs censés refléter un génie dont il s’estimait dépositaire, Charles De Gaulle, un jour, écrivit ce mensonge : « j’aime ceux qui me résistent, l’ennui c’est que je ne peux les supporter ».

Mensonge car De Gaulle n’aimait personne à part lui-même. Mensonge car il a détesté, jusqu’à les conduire ignominieusement à la mort, tous ceux qui lui résistaient. Mensonge parce que ces tueries n’ont jamais cessé et que certaines durent encore. Mensonge. Mensonge parce que De Gaulle, tout bêtement.

Alors qu’à son endroit, usant de charité chrétienne, il est en revanche tout à fait possible d’écrire : « j’aime De Gaulle et ne lui souhaite plus aucun mal, mais je n’ai jamais pu le supporter et cela dure encore ».

Et là, personne ne peut crier au mensonge

Le 9 juin 2011

Ethique ou morale ?

Dans une société devenue particulièrement permissive en matière de moeurs, le scandale DSK, comme le nomme la presse, constitue une aberration somme toute assez paradoxale. Plus personne aujourd’hui ne songerait en effet à s’offusquer le moins du monde de la frasque et du libertinage : bien au contraire, il est de bon ton de s’en réjouir et leurs auteurs sont souvent considérés avec une sorte d’admiration.

Et pourtant, cette fois, le monde s’étonne, s’offusque et condamne à la vindicte publique l’auteur présumé de la frasque.

Pourquoi ?

Est-ce l’acte en lui même, si tant est qu’il ait été commis, qui est condamné ? Absolument pas. Tout simplement parce que cet acte est moralement répréhensible et qu’en tant que tel il n’intéresse donc pas l’analyste contemporain. En revanche, ce qui heurte vient de la position de l’auteur présumé : le puissant, le reconnu, la vedette, le favori des sondages, celui qui devrait être l’exemplaire. Ce qui est condamné, c’est l’abus de pouvoir, le sentiment d’impunité, la position sociale dominante. Le lieu du délit, luxueux et international, apporte un éclairage et un brillant supplémentaire, les amis du suspect, les grands de ce monde, confèrent l’auréole du fric et du pouvoir : la situation s’examine sous l’angle de l’éthique.

Et c’est la grande leçon de ce fait divers sordide : l’éthique a remplacé la morale dans la conscience générale. Résultat, on se fiche bien des faits, de l’acte, seules comptent les circonstances. L’éthique a remplacé la morale : l’acte en lui-même, sans que l’on s’en rende bien compte, en ressort d’une certaine façon justifié.

N’est-ce pas subtil ?

Le 22 mai 2011  

Redemptor hominis.

 

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Le 24 avril 2011, Fête de Pâques.

Un pot.

La presse économique, éminemment respectable, offre tout de même parfois l’occasion d’une franche rigolade.

Ainsi en était-il cette semaine dans un dossier qu’il était possible de découvrir sur le site de… Mais restons charitables.

Son rédacteur avait ainsi formé le projet de nous expliquer « comment ne pas payer d’impôts ».

Je trouve d’abord qu’il s’agit quand même d’une démarche bien peu « citoyenne » (j’appuie là où ça peut leur faire mal…) : si les impôts représentent une juste participation de chacun à l’effort général, et au bien commun de la nécessaire société dans laquelle il vit, j’estime qu’il est délicat de vouloir l’affranchir de ce devoir. Sauf à ne plus vouloir des droits et satisfactions qu’il retire de la dite société.

Et puis je vous avoue que ma bonne humeur est surtout venue de la complexité des montages que présentait ce dossier : vous n’imaginez pas les moyens, les manoeuvres, les études et les circonvolutions, les contorsions qu’il faut produire pour payer moins, ou pas d’impôts.

Alors qu’il suffit pour cela d’avoir une famille nombreuse… Et là, au moins, vous agissez pour le bien commun de la société. Ah, ces économistes, quels farceurs… 

Le 10 avril 2011

Myriade.

Les Dix-Mille est le nom que l’on a donné aux soldats grecs mercenaires enrôlés par Cyrus le Jeune (424-401 av J.C.) pour renverser du trône son frère aîné, le souverain achéménide Artaxerxès II Mnèmon. Son histoire nous est connue par le récit qu’en a fait Xénophon, qui a lui-même pris part à l’affaire, puisqu’il s’est engagé comme soldat puis a ensuite été élu commandant de la troupe (ce qui lui a valu une grande notoriété). Athénien de naissance il avait choisi de suivre son modèle Agésilas, alors spartiate. Pour éviter les problèmes, il a fui sa cité, sans pour autant s’établir à Sparte même. Son récit s’appelle l’Anabase.

Et alors ?

Alors ici, loin de cautionner les renversements de frère aîné ni les élections de commandant de troupes, le Dix-Mille représente le nom de l’anonyme qui s’est connecté vers 11 heures du matin pour la première fois sur ce site. Les Editions de Mathusalem m’ont demandé de le signaler moi-même, puisque sa connection s’est produite sur cette page. Qu’il en soit remercié et félicité ! Comme nous remercions aussi, et surtout, les 9999 qui l’ont précédé depuis quatre ans que nous existons.

Merci enfin de continuer à faire connaître cet espace de résistance et de respiration : vous avez sûrement des amis et des relations qui ne sont encore jamais venus se détendre parmi nous.

Je vous le demande, est-ce bien raisonnable….

Le 9 avril 2011

Civilisation.

S’il est vrai que la civilisation est généralement considérée comme le processus par lequel l’homme apprend à réfréner ses instincts, à les contrôler, puis à les dominer pour savoir les ordonner et leur indiquer le sens et la voie dans lesquels ils doivent se développer harmonieusement, il suffit de faire une rapide lecture des programmes de la télévision française pour s’apercevoir que non seulement le degré de civilisation est arrivé au point de non retour, mais qu’il se situe même très au-delà sur le repère orthonormé qui s’écoule de la droite vers la gauche.

De la droite vers la gauche, je n’y peux rien, c’est tendre vers moins l’infini !

Le 3 avril 2011

Désolé.

Alors que ce mois de mars finissant vient de s’établir comme étant celui au cours duquel les visites de cette page n’ont jamais été aussi nombreuses (hormis le mois de septembre 2007 qui faisait suite à une campagne de com assez efficace…), voilà que mes interventions s’espacent comme jamais.

Certains s’en étonnent, ils sont bien aimables ; d’autres s’en plaignent, ils sont très peu nombreux je vous rassure, et enfin, il s’en trouve pour s’offusquer : ceux-là sont aussi très aimables… mais peu lucides.

Je présente tout de même quelque excuse, ayant entamé l’écriture d’un livre qui me prend le peu de temps dont je dispose.

Par conséquent, merci encore une fois de votre fidélité que je ne mérite pas toujours et apprenez donc que je m’absente pour de bonnes raisons : n’hésitez pas, pour autant, à venir, même épisodiquement. Je ne suis pas sûr de rester muet bien longtemps… Surtout si le monde continue son festival absurde, ce qui est tout de même hautement probable.

Encore 95 visiteurs et vous aurez été 10 000 à venir ici traîner vos guêtres ou vos claviers. Nous fêterons ensemble ce dix millième invité.

Promis.

Le 31 mars 2011

L’âne et le cas.

Dans la même semaine, deux faits diamétralement opposés à tous points de vue se sont produits sans que rien ne puisse immédiatement les relier l’un à l’autre. Et pourtant, la mise en lumière simultanée des deux est riche d’enseignement, tout du moins de curiosité.

Monsieur Ribéry, (Franck, le bon gars du nord qu’a pas toujours eu d’chance dans sa vie) est rappelé en équipe de France. Après avoir fait grève, et couvert de honte et d’opprobre de pauvres gens qui rêvent encore un peu au travers du métier qu’il exerce, le voici de nouveau revêtu de l’habit de lumière. Et, à ce titre, titulaire d’une chaire médiatique d’où il assène au monde ses borborygmes insipides et peu compréhensibles dont l’intérêt ne dépasse pas le niveau de l’amibe ou celui, à peine moins nul, de la paramécie.

Le second fait, est la mort de monsieur Capellovici, dit maître Capello, érudit gouailleur et fin connaisseur de notre langue.

L’un meurt et l’autre parle : déchéance audible de notre propre chute…

Et on dit que la nature a horreur du vide : c’est bien ce qui me semblait, tout cela n’est pas naturel.

Le 24 mars 2011

Helvète.

C’est une chose entendue, les Français sont les meilleurs.

Et c’est surtout vrai lorsque cette supériorité s’applique à l’avance unanimement reconnue qu’ils ont prise dans des domaines où s’exprime le mieux leur génie si particulier et totalement inimitable. Par exemple dans celui du transport ferroviaire : à grand renfort de tracés de TGV, de records du monde de vitesse sur rail et d’une réputation bien établie d’extrême exactitude dans le respect des horaires, ils sont les meilleurs. C’est indiscutable et, par conséquent, ça ne se discute pas !

Sauf que…

Empruntant hier ce fameux TGV, pour la petite histoire entre Paris et Genève, j’ai loupé la correspondance pour Martigny, petite bourgade suisse sans histoire. A cause du retard de l’exceptionnel TGV, évidemment. Car les trains en Suisse sont très énervants : ils partent à l’heure et affichent un mépris incroyable pour le retard du recordman de très haute technologie. Et toujours fier de l’être.

Pour ma part, obligé d’attraper la correspondance suivante (à l’heure, forcément…), je ne suis ouvert de mon désarroi au contrôleur de la SBB CFF FFS (la SNCF locale, mais en plus précis, en plus professionnel) : à quelle heure allais-je donc arriver à Martigny ? En souriant (je crois qu’ils n’ont pas de CGT ou de Sud Rail à la SBB CFF FFS…) il m’a tout de suite annoncé que j’arriverai à 21h38. Puis, un instant après, revenant vers moi dans un mélange de confusion et de fierté, il corrigea : 37 !

J’ai du avoir l’air un peu interloqué car il a précisé aussitôt : votre train, monsieur, 21h37 pas 38 ! Des fois que le pauvre Français que je suis, tellement habitué à la précision de ses propres transports, puisse s’offusquer d’une aussi grossière approximation.

Ça donne envie de s’établir en Suisse.

D’autant qu’il paraît aussi qu’ils ne font pas la chasse à ceux qui ont un compte bancaire en France !

Le 19 mars 2011

Ni bons.

Pour ceux qui pourraient encore en douter, je le confirme : le supporter de foot est l’imbécile le plus absolu de la planète.

Prenez par exemple, au Parc des Princes, la tribune d’Auteuil : on y contemple le ramassis le plus complet qui soit d’abrutis décérébrés. Et le pire, c’est qu’en face, côté Boulogne, vous y trouverez absolument les mêmes.

Vous pouvez me croire, je viens d’y passer deux bonnes heures…

Le 17 mars 2011

Ni mauvais…

Zettai Zetsumei Toshi 4 : ceci ne vous dira probablement rien.

C’est pourtant le nom que porte, que devait porter, un jeu vidéo fabriqué par des japonais, jeu dans lequel le joueur évolue dans une mégapole nippone, secouée par un tremblement de terre et envahie par un tsunami.

Evidemment, ce jeu a été retiré de la vente…

Il restera toujours la possibilité de jouer à FIFA 2012, dans lequel, sans aucun risque, il vous sera possible de vous prendre pour l’équipe d’Auxerre et de rêver que vous gagnez le championnat de France, la Coupe et la Ligue des Champions. Ce n’est pas dangereux. C’est idiot et très futile, mais vous ne risquez rien d’autre qu’un regard apitoyé. Car il se passera du temps avant que la réalité rejoigne votre fiction.

Alors que Zettai Zetsumei Toshi 4, c’est exactement l’inverse : la réalité a précédé la fiction.

Le 14 mars 2011

En passant.

Il est possible que certains habitants de province ne comprennent pas toujours bien l’insondable détestation dans laquelle je tiens la plupart du personnel de la RATP.

Qu’ils posent la question aux otages quotidiens de cette déplorable officine : je renonce, pour ma part, à cette trop longue litanie.

Le 12 mars 2011

Jocrisse.

Plus les affaires publiques relèvent du délit d’initiés, plus l’opacité règne sur toutes les décisions qui s’y rapportent et plus les motifs réels qui conduisent à ces décisions sont flous. Il est remarquable aussi, dans le même temps, que nous ayons à subir l’assaut de ceux qui, la main sur le cœur, font alors profession de clarté, de transparence et de netteté.

Et l’on pourrait en dire autant de tous ceux qui se permettent sans rougir d’évoquer les racines de la France.

Avec toutes celles qu’ils s’emploient à déterrer régulièrement, racines successivement chrétiennes, juives, républicaines, gauloises, dans un désordre tellement révélateur du leur, je me dis, qu’au rythme où ça déterre, la France finira bientôt par ne plus en avoir du tout. Par ne plus en avoir d’indentifiables.

Or, que devient un arbre sans racines ?

Qu’en fait-on ?

Le 5 mars 2011

Un dernier mot.

C’étaient aujourd’hui, aux Invalides, les obsèques de Jean Lartéguy. Qu’il me soit permis, une fois encore, d’évoquer ce colosse :

                     Le dernier centurion

     Des collines perdues jusqu’aux salles de presse,

     Du fond de la Corée aux bords de l’Oubangui,

     Des rivages d’Annam au pays des Aurès,

     La terre résonnait des pas de Lartéguy.

 

     En traversant les mers, il avait tout appris

     Des orages qui grondent au cœur des oppidums :

     Spectateur avisé, sans aucun parti pris,

     Il écrivait l’histoire et racontait les hommes.

 

     Dans son dernier combat, dans ces heures ultimes,

     Entouré de ses proches, à l’abri d’un drapeau,

     Il n’est pas resté seul aux portes de l’abîme :

     Il était préparé pour son dernier repos.

 

     Il attendait la mort, vigoureux et solide ;

     Et quand elle a surgi, un jour de février,

     Le dernier centurion quitta les Invalides.

     Mais on y croise encor son sourire guerrier !

Le 2 mars 2011

Parigot.

Confortablement assis dans un café, devant une tasse remplie d’un liquide fumant, les verres posés sur le bout du nez je sens monter en moi les tremblements d’une rame de métro qui croise un peu plus bas, entre Maubert, sans doute, et Cluny La Sorbonne : la ligne 10.

Un instant je quitte la lecture d’une nouvelle de Tchékov, la Steppe, dans laquelle je m’étais plongé avec ravissement, pour observer le mouvement incessant des serveurs et la figure que rendent mes contemporains : seul au milieu de ce brouhaha tranquille, je me surprends, pour une fois, à ne pas les détester. Magie de cet endroit et de cette atmosphère si particulière des dimanches matins de Paris  : sensation d’être seul au milieu d’une foule à la fois légèrement bruissante et presque figée. Il fait tiède ici, et presque doux dehors.

Ce matin je suis parisien. Mais ne l’ai-je pas toujours été ?

Et ne suis-je pas condamné à le devenir chaque jour un peu plus ?

Le 27 février 2011

Adieu Jean, à Dieu.

Jean Lartéguy est mort aujourd’hui.

Dans le style épuré d’une dépêche qui tombe, et dont il n’aurait pas renié la brutale simplicité, cette phrase consacre en vérité la fin d’une époque : celle des capitaines de fortune, celle des héros fatigués. Né le 5 septembre 1920, Jean Pierre Lucien Osty, son véritable nom, était ainsi âgé de 90 ans.

Il est bien difficile d’évoquer son existence souvent rocambolesque et fascinante : il en a lui-même livré quelques jalons dans l’un de ses livres paru en 1976, La Guerre Nue, sorte d’autobiographie dans laquelle, pudiquement, il a laissé s’exprimer quelques pages de sa vie.

Auparavant, combattant, il participe à l’opération Crèvecœur en Corée : capitaine, il y est gravement blessé à la jambe gauche et cité. Soigné par les américains, puis par les japonais, il terminera sa convalescence aux Invalides. Déjà…

Désormais, ne pouvant poursuivre une carrière militaire, ses pas vont le diriger vers un autre combat : l’écriture. Raconter, raconter par dessus tout, souvent pour dénoncer, toujours pour illustrer, pour faire connaître et, parfois, pour tenter de faire comprendre. Pour transmettre aussi, ce qu’il était souvent le seul à pouvoir observer. Et puis, encore, pour nous livrer un regard captivé, mais sans complaisance, sur la guerre en tant que telle. Cette posture, délibérément choisie, lui permettra de conserver toujours le détachement nécessaire à l’observation des événements, sans jamais devenir l’otage d’un camp, conservant son jugement pour lui et parfois pour ses proches. Correspondant de guerre et grand reporter hors pair, le prix Albert Londres viendra, en 1955, couronner ses travaux d’infatigable arpenteur des conflits de son siècle.

Il est impossible de dresser la liste de tous ceux qu’il a côtoyé jusque dans leur intimité et dont il avait su recueillir les confessions : du Shah d’Iran à Bob Denard, en passant par un compañero cubain et le général Salan, puis par tant d’autres inconnus, du partisan vietminh au clandestin de l’OAS, de l’orpailleur guyanais au pistard de brousse de l’Afrique noire, cette liste serait trop longue. Elle présenterait toutefois l’avantage de mettre en lumière son éclectisme et d’illustrer sa curiosité. Impossible, toutefois, de passer sous silence les liens d’amitié qui l’unissaient au général Bigeard depuis Dien-Bien-Phu. La mort seule pouvait séparer ces deux figures dont je peux témoigner qu’elles étaient liées par des forces enracinées dans une profonde et mutuelle admiration. A ce sujet, j’ai eu le bonheur insigne d’assister une fois, c’était en janvier 2008, à une discussion téléphonique entre ces deux personnages : la truculence le disputait à l’émotion. Pour n’en rien oublier, j’ai tout noté…

Je n’ai partagé ni sa vie, ni sa gloire bien entendu, ni tous ses jugements non plus. Mais j’ai partagé avec lui ses dernières années et, puis-je le dire, sa mort aussi, d’une certaine façon. Sans fausse modestie, cette pudibonderie des imbéciles, nous possédions deux points communs : celui de cultiver la rébellion face aux totalitarismes de tous genres, et cet autre qui consiste à tenir pour méprisable l’importance dans laquelle se drapent curieusement les électrons du pouvoir. Retiré aux Invalides, dont il était devenu l’un des pensionnaires les plus fameux dans une institution qui n’en manque pourtant pas, il est donc mort. Une mort à son image, si l’on peut dire : une mort paradoxale.

Lui qui avait parcouru la planète et couvert de ses notes tous les conflits, toutes les guerres de la seconde partie du XXème siècle, lui dont le cœur vagabond s’était agité aux confins du monde et dont les tripes étaient enfouies à jamais dans cette terre du sud-est asiatique qu’il aimait tant, il est mort à Paris, à l’ombre des ors des Invalides : son dernier clin d’œil, sa pirouette ultime.

Les Tambours de Bronze ont résonné là-bas, les Centurions et les Prétoriens ont ouvert les portes, chassant les Chimères Noires.

L’écrivain Jean Lartéguy est mort : cette phrase est tellement réductrice… Il faudrait dire : le soldat, le capitaine, le grand reporter, l’immense écrivain, le charmeur, mais aussi, à l’opposé de sa légende, le pudique, le fragile, le toujours simple, l’honnête et le généreux Lartéguy est mort.

Homme libre, Jean Pierre Lucien Osty, le lion, est mort ce soir : il laisse un vide, des interrogations et une espérance. Nous demeurent, en définitive, sa mémoire et son œuvre.

Et aussi, à titre personnel, son amitié.

A bientôt, Jean.

Requiescat in pace.

Le 23 février 2011

Sans complexe.

Il paraît que l’arbre est jugé d’après ses fruits.

Alors qu’attend-on pour fusiller Freud tous les matins, et avec lui sa clique abâtardie de pseudo-psychologues de caniveau ?

Le 19 février 2011

Exception.

On dit de l’exception qu’elle confirme la règle. Encore conviendrait-il de savoir de quelle règle il s’agit !

Car la plupart de celles que je connais ne souffrent aucune exception… Prenons, par exemple, la règle de trois, qui n’a rien d’exceptionnel je vous le concède, qu’a-t-elle besoin d’une exception ? Qu’aurait-elle besoin, d’ailleurs, de confirmation ? D’aucune, je vous le confirme.

En termes d’exception, la règle de trois n’aura donc pas lieu ; pas lieu d’être évidemment, aussi vrai que trois fois trois font neuf, ce qui est vieux comme le monde.

Et, suivant une règle bien établie à laquelle je ne ferai pas exception, je vous le confirme d’autant plus aisément que je n’ai moi-même rien d’une exception.

Ce qui semble, au passage, de nature à régler définitivement cette question.

Autrement dit, cette fois c’est la règle qui naît de l’exception.

N’est-ce pas ?

Le 13 février 2011

Résistance.

A l’emplacement où sont proposés au passant les journaux gratuits des grandes villes, s’entassaient ce matin les exemplaires empilés du 20 minutes parisien. Destinés au lavage de cerveau quotidien de ceux dont la nuit a été courte, et qui vont s’abrutir dans des heures (inter)minables de transport, ils s’offraient aux mains avides et pressées.

Au for interne, je plaignais les cerveaux qui commandaient ces mains, je plaignais surtout ces mains, mues par l’habitude, que ne commandait peut-être plus aucun cerveau : cette presse immonde et veule n’offre rien d’autre, en effet, que quelques vagues rumeurs sur les évènements, occultant à la fois les plus importants et l’analyse qui s’y pourrait porter. Pour le reste, elle se contente, avec une déplorabledémagogie, de flatter, en les exposant avec une complaisance coupable, les plus bas instincts de l’âme humaine. Pitoyable.

Mais ce matin j’eus la chance d’assister à l’un de ces petits miracles qui, parfois, suffisent à illuminer les journées.

Un peu devant moi, un homme venait de prendre dans la pile sa part de la pitance infecte. Son geste ne différait en rien de celui de tous les autres passants. Sauf que, sans même avoir souillé un instant son regard de la couverture, il jeta sa pioche dans la poubelle placée dix mètres plus loin. Non seulement il ne succombait pas à l’abjecte tentation, mais il prenait la peine de rendre à sa destination première l’objet qui n’aurait jamais dû en sortir. Et ce faisant, il permettait aussi qu’une autre personne, au moins, échappe à la contamination.

C’était la première fois que je voyais cet homme. Mais je suis absolument certain qu’il répète ce geste chaque jour. C’était aussi, sans doute, notre dernière rencontre : mais je restais tout de même persuadé d’avoir croisé la route d’un grand résistant. Et pas l’un de ceux de la dernière heure.

Ou, en l’occurrence, des dernières vingt minutes…

Le 11 février 2011

Grâce qu’on lit.

La poésie est à l’écrit, ce que le chant est à la parole : un indispensable ornement. Mais quel travail !

Et derrière parfois quelque grâce, combien de misères…

Le 9 février 2011

Pour solde de tout compte amont…

« Eh ben, on va en baver ! » La phrase, inquiète, exclamative, me parvient aux oreilles alors que, somnolant quelque peu, j’attends depuis déjà une bonne heure le train de nuit pour Paris, dans une lugubre salle d’attente d’une non moins sinistre gare de province…

L’individu qui vient de proférer cette phrase est assis en face de moi, caché derrière les feuilles déployées de la presse locale dont il lit, je crois le deviner, les pages nationales ou internationales. L’Egypte ?

Il est vrai que les nouvelles ne sont guère joyeuses. Entre le réveil des Frères de la Côte et les envolées du prix des carburants, il y a bien de quoi s’inquiéter. Je pense alors au début de l’album Tintin au Pays de l’Or Noir, la menace islamiste en plus. Et je me dis que nous aurions bien besoin de Tintin et du capitaine Haddock à la place de Nicolas et de François… Avec un sourire, je me dis aussi que la Castafiore et son Irma seraient sans doute bien préférables à toutes les Ségolène ou Martine qui trainent. Et je suis tenté de m’en ouvrir au gars d’en face, toujours embusqué derrière ses immenses feuilles : après tout, nous sommes embarqués sur le même navire et peut-être qu’un peu de littérature tintinesque détendrait l’atmosphère ! Mais je me retiens, par respect pour son angoisse et, je le devine, son profond désarroi. Presque au même instant, rejetant son journal à côté de lui,  mon homme annonce qu’il va sortir fumer son petit clopeau pour s’en remettre. Cela n’intéressant visiblement personne, il sort et j’en profite aussitôt pour rechercher l’article qui parlait des émeutes égyptiennes sur la page qu’il avait aimablement laissée ouverte.

Il ne s’agissait pas de l’Egypte : mais d’un article sur le manque de fréquentation des soldes à Paris, ce qui faisait dire au scribouillard de service que l’économie était décidément en grand danger.

Se tourmenter des soldes quand le feu est aux portes de la Cité : on a décidément les préoccupations qu’on peut !

Le 5 février 2011

Liberté d’ex-pression.

Que penser d’un pays, de ses institutions, de ses hommes et, plus encore, de ses dirigeants, quand il est établi que les voix divergentes doivent y être muselées ? Ne s’agit-il pas d’une dictature et de tyrans ?

Encore faut-il s’entendre sur la nature de la divergence : il n’est pas question, bien entendu, d’ériger cette simple caractéristique en garantie. Ce serait ouvrir toutes grandes les portes anarchistes des principes libertaires qui ont précipité le monde dans ce chaos progressif et continu que nous pouvons observer avec pitié depuis plus de deux cents ans.

N’importe qui, ou presque, vous dira, au nom de ceux qui ont péri dans les goulags soviétiques, dans les camps vietminh ou dans les geôles cubaines, qu’il aurait mille fois mieux valu que l’on contraigne au silence absolu Rousseau, Voltaire et Marx (pour faire court et rapide, car il y en a d’autres). De la même façon, tous les déportés des camps nazis, catholiques, juifs, tsiganes et j’en passe, seront d’accord pour affirmer qu’on aurait d’abord du faire taire Nietzsche, Wagner ou Darwin : la folie du petit caporal n’y aurait pas puisé son détestable fond de commerce.

La liberté de penser a donc une limite : celle de penser en homme libre.

Et qu’est-ce que la liberté, la vraie, si ce n’est la faculté d’être délivré de l’erreur ? Cette condamnation de l’erreur, la poursuite de son éradication, doit permettre aux différents modes de pensée qui y contribuent, qui y participent, qui s’en réclament, de s’exprimer. A l’évidence, tous ces modes ne se vaudront pas, ne présenteront pas les mêmes avantages, ni la même valeur : ils se confronteront et s’affineront dans des joutes attendues et nécessaires. Mais tous poursuivront leurs développements en vue d’un objectif unique : la libération des erreurs ; de l’erreur.

Ainsi, lorsque la pression insupportable de cette dernière aura disparu, et seulement à ce moment là, nous serons alors débarrassés de la pensée unique et de ses hideux visages…

Un premier pas vers la liberté.

Le 31 janvier 2011

Confiance.

Lorsque tout semble perdu, ou pire lorsque tout semble improbable, il suffit parfois d’y croire. Ce n’est peut-être pas suffisant mais c’est indispensable.

A première vue, cela peut aussi sembler naïf : mais ça ne l’est pas. Cela peut s’appeler la volonté, la confiance ou l’amour, tout dépend de l’objet : mais c’est toujours de foi dont il s’agit.

Et lorsqu’elle s’exprime dans le cadre de la religion, elle permet, non seulement de soulever des montagnes, mais de se soulever soi-même.

Autrement dit : de s’élever.

Le 30 janvier 2011

Ni c’est faux, ni c’est fort.

J’entends, parfois, ce reproche étrange que l’on me fait d’écrire des choses pas toujours très gaies : j’en suis à chaque fois extrêmement surpris.

Outre que j’espère ne le faire jamais tristement, je me vois mal, ici comme ailleurs, me mettre à danser la gigue en poussant la chansonnette sur le ton de « tout va bien, tout va bien ». En réalité, si on s’y arrête un instant, ces reproches sont très révélateurs de l’absence de jugement de beaucoup de nos contemporains, absence que j’aime, il est vrai, à dénoncer comme le mal absolu de notre époque.

Tout est confondu ; et le discernement, par lequel l’homme se distingue de l’animal, se fait rare. En effet, simple observateur et photographe du monde qui m’entoure, que fais-je d’autre que rendre compte de mes captures, sans les travestir ? Rien. J’aperçois, j’observe, j’écoute, j’analyse et je livre. Qu’y puis-je si l’objet n’est pas gai ? Faudrait-il, pour ne pas déplaire, que je me taise ou que je le déguise ?

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage : ainsi le narrateur du quotidien qui n’est, je le répète, qu’un photographe est-il montré du doigt lorsqu’il joue son rôle de miroir. Qu’on se rassure : le miroir se brisera bien un jour.

Mais en attendant, il me semble bien que je n’éprouverai ni honte, ni remords aucun, d’avoir déplu.

Le 26 janvier 2011

Délicatesse.

Forme la plus aboutie de la politesse, la plus civilisée, la plus rare et sans aucun doute la plus précieuse, la délicatesse exprime le fond du cœur de celui qui en fait le don. A sa mesure peut s’évaluer l’élévation d’une âme.

Aussi, pour montrer l’exemple, ai-je décidé d’être définitivement en délicatesse avec mon époque.

Je le lui dois bien !

Le 24 janvier 2011

Post-socratisme.

« J’ai essayé de garder le plus de pensées positives. Dès que j’ai vu une petite ouverture mentale, je l’ai saisie tout de suite ».

Vous avez bien lu : il a gardé des pensées positives et il a saisi une petite ouverture mentale. Là ! Dès qu’il l’a vue ! Sans attendre ! Tout de suite ! C’est pas fort çà ? L’ineptie de l’année, mesdames et messieurs, le vide sidéral de l’expression en grandeur réelle, l’imbécillité et la fatuité à l’état pur !

Les habitués du lieu m’en ayant normalement affranchi d’emblée (je l’espère du moins, j’ai quand même mis des guillemets par précaution, on ne sait jamais), je tiens à préciser avec insistance au passant distrait que la pensée citée plus haut n’est pas de moi. Elle émane de quelqu’un de beaucoup plus connu et de bien plus reconnu que votre serviteur ; c’est un sportif, bien sûr, vous l’aviez deviné : il s’agit, en l’occurrence, du très honorable Gaël Monfils, tennisman, poète et philosophe de son siècle.

Du post socratisme brut. Le vide dont la presse se fait l’écho. Et moi aussi, d’ailleurs, par la même occasion…

Aussi, je ne résiste pas à vous livrer, en forme de conclusion, ou de jugement, cette autre phrase d’un autre sportif, un footballeur lillois dont je tairai le nom, cette fois : « Il ne faut pas réfléchir trop loin, sinon on va plonger ».

Comme on le comprend…

Le 23 janvier 2011

Wartburg 2011

Le jury chargé, comme chaque année, d’attribuer le Prix Wartburg a commencé ses réunions de travail. Comme j’ai l’honneur d’en faire partie, et que je m’exprime régulièrement ici, il m’a été demandé de relayer une petite information à ce sujet. Je le fais bien volontiers.

Cette année encore, deux ou trois auteurs semblent tenir la corde. Le jury vous invite à lui venir en aide en lui soumettant vos propres préférences, ou vos derniers coups de coeur, et en lui adressant vos suggestions, et vos mentions d’appui, comme cela vous est exposé sur ce même blog à la page prix Wartburg (en cliquant ICI).

Il vous en remercie d’avance.

Le 22 janvier 2011

In memoriam.

Extraits :

« Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait. »

« Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal. »

« Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. »

« Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi. »

 

 

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Le 21 janvier 2011

Floraison spontanée.

J’ignore si cet effet est partagé, mais je suis toujours saisi d’une grande émotion lorsque j’aperçois un homme portant des fleurs.

Quel que soit l’endroit, quel que soit l’homme, grand, petit, beau, laid, mince ou gros, vieux, jeune et quelles que soient les fleurs aussi, du bouquet somptueux à la plus humble des roses, en passant par l’orchidée délicate ou les petites fleurs printanières cueillies dans les champs : à chaque fois, pour moi, le même ravissement.

Car il me semble bien que ce tableau exprime les meilleurs effets de notre civilisation : l’hommage rendu à la femme, celui du fort au faible, et non les outrages et les avilissements. L’hommage et non la servitude ou le mépris. La gentillesse plutôt que la contrainte. Le plaisir d’offrir du beau, du frais, du parfumé, du délicat et du très périssable. L’instant pour lui-même, dans sa fragilité et sa fugacité, et pour toutes ses conséquences et ses significations aussi. Suites espérées, objets de conquête, excuses parfois et remerciement anticipé ou reconnaissant : c’est, à la fois, tout cela un homme qui porte des fleurs.

L’image, en somme, de ce que sont nos existences.

C’en est même à se demander si les derniers hommes de cette planète capables de ce geste ne constituent pas, en réalité, le plus beau cadeau que les fleurs puissent faire aux femmes…

Le 20 janvier 2011

Maniaque !

Le parisien, et plus encore le banlieusard, est un être bourré d’habitudes et de manies, toutes plus surprenantes les unes que les autres, justifiées, pour la plupart d’entre elles, par la recherche à tout prix de la simplification du quotidien. Une plongée dans le zootype particulier du RER A s’imposait donc pour vérifier ce postulat. Je n’ai pas été déçu de ce que j’y ai trouvé.

Après quelques tentatives infructueuses, j’ai fini, un soir, par repérer mon homme. Il avait observé qu’à la numérotation des rames qui convergent vers St Germain-en-Laye correspondait toujours le côté par lequel il lui faudrait descendre. Je vous livre ici son secret, fruit d’années d’observation : les rames numérotées 63, 75 ou 85 s’ouvraient toujours à droite, dans le sens de la marche, pour la descente. Par le jeu de l’alternance, celles qui affichaient 61, 77 ou 83, par exemple, descendaient à gauche. Le sachant, et sachant aussi qu’il lui fallait se trouver à la troisième porte du deuxième wagon pour se trouver le premier à hauteur de l’escalator, il m’expliquait gagner ainsi de précieuses secondes qui faisaient des minutes lui permettant d’attraper son bus qu’à défaut de ces précautions il était susceptible de rater.

Ebloui, je décidais de tester le dispositif : hélas, à plusieurs reprises celui-ci n’a pas fonctionné.

J’ai, par la suite, revu mon observateur et me suis ouvert à lui de ces déconvenues. « Tous des boulets, m’a-t-il répondu, ils ont rajouté un aiguillage juste à l’entrée du dernier tunnel avant St Germain et il va falloir que je prenne, en effet, de nouveaux repères ! »  Le bougre avait fini par dénicher une explication rationnelle… Je lui souhaitais bon courage, pensant à ces années d’observation pour le gain de quelques poignées de secondes.

La simplification du quotidien au prix de l’encombrement de la mémoire et de l’esprit : voilà le parisien, voilà le banlieusard.

La société qui les y contraint est décidément bien malade.

Le 19 janvier 2011

Vélocipèdes.

J’ai horreur des cyclistes.

Je ne parle pas de ceux qui pratiquent la bicyclette, cette saine activité qui allie la détente, la dépense physique et la joie simple d’être ensemble pour une belle promenade : cela ne concerne plus qu’une élite très restreinte, généralement regroupée en familles, ces trucs dépassés qu’on voudrait monoparentaliser ou unisexuer pour mieux s’en défaire.

Non, aujourd’hui, mesdames et messieurs, sous peine de passer pour un dinosaure, on fait du vélo. On fait, le joli verbe… On fabrique du cyclisme ! Ah, si je tenais l’inventeur de la roue, si je tenais surtout ce baron allemand, Von Drais, à qui l’on doit l’ancêtre du vélo… En passant, avant de revenir à mes détestables cyclistes, ce démocrate patenté fut aussi l’inventeur d’une machine à écrire à seize caractères : or, il avait beau être allemand et s’exprimer par conséquent avec fort peu de nuances, n’importe qui vous dira que, même en sténographie, c’est tout de même un peu insuffisant.

Le cycliste, donc, a ses rites. D’abord, il s’exprime de préférence le dimanche. Au lieu d’aller à la Messe, ce gars là (ou cette femme, car le syndrome touche aussi les femmes, ce qui est bien regrettable) déploie sur les routes de France son attirail, sa suffisance et sa bêtise. J’ai horreur des cyclistes.

Le samedi est passé à bichonner le vélo : remettre un peu d’huile, vérifier les freins et le bon fonctionnement des changements de vitesse, passer un chiffon doux sur le cadre et surtout, surtout, s’assurer de la brillance des rayons quand ces derniers n’ont pas été remplacés par des barres en titane très laides mais, parait-il, tellement efficaces. Tout ceci, cinq minutes après le départ, sera recouvert de boue et de poussière, mais que voulez-vous, il faut bien occuper samedi prochain… J’ai horreur des cyclistes.

Et dimanche, voilà notre imbécile prêt à se mesurer au monde. Il ne sort pas seul. Comment, sinon, faire admirer l’outil ? Et comment, de surcroît, se faire admirer ? Car, qu’il soit mâle ou femelle, le cycliste est d’abord une vitrine publicitaire et un narcissique névrosé. Les collants rembourrés, les combinaisons fluorescentes, les mitaines caoutchoutées, les lunettes fuselées, la casque profilé : tout est prétexte à l’étalage du mauvais goût et de la publicité (ce qui va de pair le plus souvent), à l’autoadmiration réciproque, en un mot à la suffisance la plus aboutie. J’ai horreur des cyclistes.

Parti en peloton constitué, le voilà donc parti, prenant la chaussée à lui tout seul sans se soucier des automobilistes, arborant ainsi un sans-gêne dont il est le premier à s’impatienter le reste de la semaine. Il risque la mort à chaque carrefour, à chaque virage, dans chaque côte : ce n’est pas grave en soi. Mais ce faisant, il met en péril le permis de conduire de l’automobiliste qui, surpris par un écart imprévu autant qu’irraisonné, irait le jeter au fossé ! J’ai horreur des cyclistes !

En rentrant il nettoiera son vélo, pas trop, faut s’occuper le samedi rappelez-vous, il mettra sa belle armure de crétin satisfait et prétentieux dans le bac à linge sale, accélérant ainsi la consommation des phosphates dont il se plaint le reste du temps, et s’affalera dans son canapé, devant sa télé, rotant sa bière et espérant apercevoir, au journal des sports, des images de sportifs pratiquant la même activité que lui. Pour pouvoir les juger, apporter bruyamment son avis sur la chose et, secrètement, voir s’il n’y aurait pas, sur le dos d’untel ou de tel autre, la bonne nouvelle de l’achat possible d’une nouvelle panoplie pour épater ses congénères à la prochaine sortie.

J’ai horreur des cyclistes, vous l’aviez compris. On devrait interdire le vélo le dimanche, et promouvoir à sa place le retour de la bicyclette.

Bon dimanche quand même, si vous en réchappez…

Le 16 janvier 2011

Folie ordinaire

La lecture des commentaires que déposent les lecteurs d’articles consacrés aux faits divers apporte toujours son lot de bizarreries.

Ainsi, dernièrement, à propos de la triste fin de la cavalière en forêt de Rambouillet, certains lecteurs du Figaro se sont sentis une âme de Sherlock Holmes : « je le savais, clament-ils, quand j’ai appris qu’elle avait laissé son téléphone portable, j’ai compris qu’elle s’était suicidée ! »

Voilà qui me semble tout de même révélateur de beaucoup de choses :

-     d’abord la fin des autres est vécue comme un spectacle de boulevard, avec ses rebondissements (où a-t-elle bien pu passer, sous entendez trépasser), ses portes qui claquent (un cheval blessé, un portable abandonné, un appel à témoin) et ses comiques de service (les gendarmes qui avaient pourtant minutieusement fouillé ce coin de bois sans voir une pendue à un arbre) ;

-     ensuite, cette remarque en dit long sur la relation désormais entretenue par nos contemporains avec un petit appareil dont l’existence, il y a dix ans, ne représentait pas grand chose pour la majorité d’entre eux ;

-     le besoin irrépressible, aussi, de clamer sa propre suffisance à la face du monde (même s’il s’agit en l’occurrence de celle du Figaro). C’est vrai, qui sont ces gens qui ont besoin de clamer haut et fort qu’ils savaient ? Ca change quoi ? Qu’est-ce que ça peut bien ajouter, dans un sens ou dans l’autre, aux évènements et à leur dénouement ? Rien  ;

-     tous nos faits et gestes, enfin, peuvent être décortiqués et livrés au voyeurisme du domaine public. Et dans ce domaine, la profondeur est insondable.

Alors un conseil : pour votre tranquillité, gardez bien votre portable sur vous… surtout si vous connaissez des lecteurs du Figaro.

Le 14 janvier 2011

Avance ?

L’autre jour, sur les bords d’une rive que cognaient des flots gris et agités, un clampin clamait d’une vois pointue qu’il n’y avait rien de plus important à ses yeux qu’être en avance sur son temps.

Poussant ce qu’il pensait être son avantage, le désagréable en profitait pour refouler dans un Moyen-Age dont il semblait tout ignorer, tout ce qui n’était pas, selon lui toujours, en avance. Je me suis retenu d’engager avec lui une discussion qui n’aurait de toute façon rien changé : discute-t-on avec une pierre ?

Pourtant, à la réflexion, cela aurait peut-être mérité, à défaut d’une explication, une petite leçon fondée sur l’observation simple de notre temps.

En effet, lorsqu’on constate le degré de civilisation auquel nous sommes parvenus, je me dis qu’être en avance sur son temps consiste, le plus souvent, à précéder tous les autres sur les chemins de la décrépitude.

De ce fait, voyez-vous, moi qui déteste être en retard, je vais finir par y prendre goût…

Le 9 janvier 2011

Un blog d’anticipation !

Le 1er janvier 2011, un peu avant 22h30, hier soir donc, un journaliste de France Info tenait une chronique qu’il voulait ironique, culturelle, amusante et décalée. Le sujet portait sur la fin du monde.

Se moquant des alarmistes du 21 décembre 2012, il évoquait l’inanité de cette menace et appelait au secours de sa démonstration, les déclarations d’un scientifique de la NASA. Je prêtais, vous l’imaginez, une oreille attentive… D’autant qu’il se mit, presque aussitôt, à évoquer l’année 2036 et le phénomène Apophis…

Cela ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit d’un astéroïde géant qui devrait venir chatouiller la planète le 13 avril de cette année-là, avec les conséquences apocalyptiques que je vous laisse imaginer. Prenez date, j’ai vérifié pour vous, c’est un dimanche : n’oubliez pas la messe ce matin-là, ça pourrait servir…

Tout ceci est fort (in)intéressant, me direz-vous, mais où voulez-vous en venir ? A ceci : il se trouve que le 27 juillet dernier, ici-même, j’évoquais justement la fumisterie des oracles qui prévoient la fin du monde tous les quinze jours. Et j’évoquais, à titre d’exemple, le 21 décembre 2012 et, après quelques recherches, celui d’Apophis, prenant toutefois la peine de développer le sujet avec un peu plus de soin que le pigiste de France Info.

Je vois donc trois explications possibles à tout cela, vous choisirez celle qui vous paraît la plus vraisemblable :

-       les journalistes de France Info lisent mes billets et s’en inspirent pour les leurs, six mois plus tard ;

-       j’ai moi-même six mois d’avance sur l’actualité ;

-       aucun des deux, tout cela est le fruit du hasard.

Le hasard n’existant pas, je vous souhaite une bonne année !

Le 2 janvier 2011

Vous l’aurez remarqué, comme en chaque début d’année, cette page est désormais vide des articles précédents. Si vous souhaitez vous procurer les archives des années passées, vous pouvez en adresser la demande à  l’adresse suivante : leseditionsdemathusalem@gmail.comen précisant de quelle(s) année(s) vous souhaitez la communication. Elles vous seront alors expédiées par voie postale.

1 année : 25 euros et 20 euros par année supplémentaire

(années disponibles : 2008 – 2009 – 2010).



Autres articles

    29 commentaires

    1. BELHADJ dit :

      Bonjour,

      et tout d’abord, « Bonne Année! » pour vous, ainsi que vos proches.
      Je suis heureuse de savoir que votre premier livre se porte bien ; mon enfant également…
      Vivement la publication du deuxième!!! (je n’ai pas dit « second », car je suis certaine qu’il y en aura d’autres..!)

      A bientôt

    2. Ramatuelle dit :

      On se régale. Bravo !
      Continuez.

    3. G. Armin dit :

      Amusant votre dialogue avec les préposés de votre bureau de vote. Même si je ne les fréquente pas…
      Pour le reste, vos messages rafraîchissent souvent mes journées et je vous en remercie ! J’ai mis le blog dans mes favoris et je viens vous lire tous les jours. Avec mes félicitations pour ce que vous faites.
      Gérald Armin.

    4. F. Michel dit :

      Cher monsieur,
      Généralement touché par la pertinence et la qualité de vos écrits, je me permets de vous adresser mon désaccord sur un point. La méchanceté. Vous évoquez, le 2 avril, la nécessité de ne pas toujours être gentil. N’est-ce pas contraire aux règles du savoir-vivre et de la charité que vous défendez pourtant ? Ne croyez-vous pas que c’est justement ce qui nous manque le plus aujourd’hui : la bonté, la gentillesse et la recherche de la paix (et de l’harmonie dont vous parlez par ailleurs dans votre livre) ?
      Bien à vous, F. Michel.

    5. GRANDMAIRE dit :

      Oui mais n’oublions pas que TAPIE a été le seul président à avoir fait gagner un club de football en coupe d’europe… L’OM appartient au patrimoine français n’est-ce pas ?
      Souvenez-vous du SARTINE ce fameux navire bloqué ou ??? à Marseille. Eh!oui Marseille faisait déjà la une en 1780 a l’époque de notre bon Louis XVI.
      Seulement l’histoire a voulu que par la suite c’est une sardine qui a bouché le port de Marseille… MARSEILLE ne serait pas Marseille sans l’exageration, sans PAGNOL, sans le PASTIS et sans TAPIE.
      Alors peut on en vouloir à celui qui a fait rêver la France pendant les 7 années où il a mis en avant le football français.
      Allez les amis je vous souhaite une bonne soirée et je vous dis à bientôt

    6. Christian Diebolt dit :

      Monsieur (vous permettez que je vous appelle Monsieur ?),

      J’ai enfin pris le temps de venir faire un tour (virtuel, bien sûr, car je n’ai pas bougé de mon fauteuil : ah ! le miracle de la technologie !) sur ce site et, partant, « sur » votre blog.
      J’ai lu, pas tout compru, mais bien rigolu à certains de vos billets d’humeur – et d’humour, n’en déplaise aux esprits chagrins. Non, pas tout compris, mais il est un peu tard, à ma décharge.
      Amateur de lettres, belles et parfois moins belles, j’ai apprécié cette incursion dans votre univers, du moins ce que vous en donnez à entrevoir. Et, c’est promis, je reviendrai ; « I’ll be back », pour reprendre la formule itérative du gouverneur le plus cigénique, après Tonton Ronald – non, pas McDonald – dans l’historiette de l’agrégation térritoriale d’outre-atlantique nord qui abrite pataît-il la première nation du monde (première, je veux bien, mais en quoi ???).
      Au plaisir de vous lire encore, donc.
      Je vous salue et, pour l’occasion, je me suis redressé dans mon fauteuil.

      Un poilu, ancien de Verdun… (Les deux sont vérifiables.)

    7. sprava dit :

      bonjour hubert
      un bonjour de la KRASNAYA ARMEE…….
      oui il faut se rejouir de la fin du materialisme americano coca blancs bleu
      a bientot
      pl

    8. Slavomir dit :

      Cher ami,

      Votre billet d’humeur du 18 décembre (Confluence) nous permet, à nous provinciaux,
      - de jouir des grandes heures de l’histoire de la RATP ;
      - d’enrichir nos connaissances sur les pratiques de cette institution, pratiques qui répondent aux questionnements de Nos Seigneurs les Evêques de France au cours de leur dernier synode de Lourdes : « Le Travail est-il bon pour l’Homme ? » Les Ratpiens – pour reprendre votre expression – ont répondu ;
      - d’éprouver une grande commisération pour les usagers habituels des transports parisiens ;
      - enfin par la chute de ce billet de reconnaître l’humour et les subtilités des reflexions de son auteur.

    9. sprava@laposte.net dit :

      bonjour Hubert
      oui……affligeant la « litterature » americano-bobo
      rien ne vaut un bon Volkoff…

    10. Jacques Emile dit :

      Alors, si je comprends bien votre post du 19 avril, après l’obamanie, vous voici devenu royaliste ! Ca s’améliore…
      Cordialement amusé.

    11. Marquez el Hispanes dit :

      senor Hubert le Roux esta con mucho placer qué he descubrido el sitio de las « Mathusalem ediciones « .Asi continua y quierro hasta pronto olé! Marquez el Hispanes

    12. Sganarelle dit :

      Le « Sarkoland » et « A cheval » (ndlr : billets parus en 2009) m’ont particulièrement plu. Bravo à l’écrivain et « vivat rex Orelius » pour la Patagonie !

    13. Sganarelle dit :

      Bonne année à vous : et bonne année à votre Blog dont je ne repars jamais sans aller un peu mieux ! Merci d’avance des bons moments que vous allez nous faire passer. Bonne année à tous les Mathusalem !

    14. Mangouste dit :

      Bonjour,

      J’apprécie grandement cet oasis où il fait bond se reposer l’esprit. Vos libelles engagés, vitupérants parfois, amusants toujours, sont un régal.
      Y aurait-il place dans vos voeux pour le patagon catholique et gaulois ?

      Réponse : Patagon, catholique et gaulois ? Mélange explosif… heureusement répandu ! Mais vous avez raison. Cela dit, il vous faudra montrer un peu de patience : le patagon est prévu. Mais comme un bon digestif, il viendra finir cette litanie des vœux à laquelle je me suis attelé.
      Aussi, rendez-vous le 31 janvier. Ici même.
      Mais d’ici-là, j’ai encore quelques destinataires à honorer. A tout de suite. Et merci, chère Mangouste, de vos passages ici. H. le Roux

    15. Mangouste dit :

      Qu’il est admirable de faire encore cette distinction subtile entre soldat et militaire. Il n’est pas question ici du grade ou de la fonction mais bien de la mesure du sacrifice que l’un et l’autre consentent.
      Pour avoir de nombreux amis engagés, je sais combien nos Armées manquent cruellement de soldats. Souhaitons qu’eux aussi, ils reviennent !

    16. serres dit :

      Si le franc n’a plus cours, la France non plus et cela même chez nos anciens protégés d’Afrique qui l’ont compris depuis quelques décennies.
      Nous ne t’appellerons plus jamais France comme disait Sardou.
      Il faut si faire….

    17. Mangouste dit :

      Bonjour,

      Votre texte intitulé vieillir m’a beaucoup touché. Il exprime avec une force peu commune la dignité des personnes âgées. Je vous en remercie tant ce message est trop souvent gommé par notre siècle.

      Réponse : Merci, chère Mangouste, de la fidélité de vos visites et de vos encouragements précieux. H. le Roux

    18. Armangor dit :

      Dans l’esprit de votre publication du 22 mai dernier, intitulée « A suivre », je ne résiste pas au plaisir de vous citer un passage d’une pièce parue en août 1840 : « Une soirée perdue ».

      ………………………….

      « La lâcheté nous bride, et les sots vont disant
      Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à présent ;
      Comme si les travers de la famille humaine
      Ne rajeunissaient pas chaque an, chaque semaine.
      Notre siècle a ses mœurs, partant sa vérité ;
      Celui qui l’ose dire est toujours écouté. »

      Réponse : merci de cette compagnie de Musset que vous nous offrez si aimablement. En espérant que cette soirée-là ne soit pas perdue non plus… H. le Roux

    19. Mangouste dit :

      Un grand merci pour vos textes.
      Je me suis permis de faire lire votre définition du technaucrate à ma chef… Nous en avons bien ri ensemble tant il est vrai que mon entreprise regorge de ce genre de specimen. Du moins j’espère que cette qualité ne déteint pas.

      Réponse : je l’espère aussi ! Et bon courage avec vos specimen… H. le Roux

    20. Mangouste dit :

      Vivez ce rêve et veillez,

      Etrange comme votre description s’applique aussi au devenir de notre pays.

      « Mais le plus frappant restait, en amont de cette croisée des eaux, l’apathie de beaucoup des passagers des esquifs. Tous ne dormaient pas, mais bien peu luttaient contre les courants énormes pour passer du bon côté du fleuve. »

      Réponse: Etrange ? Etes-vous sûr ? H. le Roux.

    21. Mangouste dit :

      Votre billet du 31 août est frappé au coin du bon sens. Comme l’on voudrait que beaucoup de nos modernes penseurs puissent s’en inspirer, nous aurions alors peut-être la chance de lire des philosophes et des poètes.

    22. Kalistè dit :

      Bonjour monsieur,

      Je lis souvent vos messages et j’y prends matière à réfléchir ou à sourire. C’est selon. Mais j’avoue ne pas comprendre votre envolée sur les anglais qui sont tout de même maintenant devenus nos alliés depuis longtemps. En vous remerciant d’éclairer ma lanterne si vous le pouvez. Merci à vous.

      Réponse : plusieurs messages de ce type, marquant leur incompréhension devant le texte que nous a laissé H. le Roux le 20 septembre dernier. Nous les lui avons transmis pour qu’il puisse apporter un éclairage supplémentaire sur sa prise de position. Il nous a promis une réponse. A suivre donc.
      Les Editions de Mathusalem.

    23. Mangouste dit :

      Bonjour,

      Pour ma part, je ne puis qu’applaudir votre billet sur le perfide anglois. Que peut-on espérer d’un peuple qui lyophilise le vin et qui met en conserve le beurre ?

      Bien sûr, on écartera de cet amère constat les gallois, écossais ou les irlandais du nord.

    24. Mangouste dit :

      Monsieur,

      Je suis particulièrement sensible à votre réflexion du 4 novembre qui à mon sens s’applique davantage encore à la poésie classique. Celle qui fait du respect de certaines règles, le préalable au rêve.

      Réponse :
      Merci de votre réflexion. Et bien en accord avec ce que vous dites.
      Il me semble toutefois, que le classicisme pour lui-même peut également n’être qu’un camouflage derrière lequel se cachent parfois des rimailleurs sans génie ; et donc sans poésie.
      J’en parlais justement l’autre jour avec Charles Benoît, l’asticotant sur certaines de ses pièces que je trouve parfois bien différentes les unes des autres de ce point de vue. Il le reconnaissait volontiers, accordant à la poésie classique la première place qu’elle mérite, mais souhaitait aussi, et pourquoi non, inventer des pistes, parcourir des chemins nouveaux, explorer des univers (des volutes comme il dit) qui s’éloignent parfois des règles convenues. Raison pour laquelle il tente, parfois, quelques incursions en dehors des règles classiques.
      L’important, n’est-ce pas, c’est surtout la beauté. Et la beauté n’est-ce pas, d’abord, l’harmonie ? L’harmonie qui, répondant à des canons précis, peut aussi en inventer à son tour ?
      Vaste débat… Je suis heureux, en tout cas, que nous puissions échanger quelques mots bien agréables sur cette question !
      Cordialement.
      H. le Roux.

    25. Mangouste dit :

      Je vous remercie de votre réponse et ne peut qu’y souscrire. La règle pour la règle reviendrait à tenir la plume sous le joug de la plus odieuse des tyrannie. La poèsie est une harmonie, une musique. Elle a pour vocation de célébrer le beau, le bon et le vrai.
      Quand par malheur elle s’égare, elle devient fade, creuse et finalement ennuyeuse. Le poète le sait et le craint. La poésie est un art cruel pour qui s’y frotte mais combien gratifiant quand les mots se lient les uns aux autres naturellement.
      Amicalement.

    26. Mangouste dit :

      Monsieur,
      J’ai beaucoup de plaisir à lire régulièrement vos billets et je vous en remercie.Celui de ce jour m’a fait sourire même si, hélas, vous n’avez que trop raison, le sot d’hier fait le savant d’aujourd’hui.

      Papa de jeunes enfants, je ne puis que constater le lent déclin de notre école et la fascination des jeunes générations pour le dieu Internet. La conjugaison de ces deux causes me prédisent les pires conséquences.

      Gageons que quelques ilôts résisteront encore et toujours.

    27. Mangouste dit :

      Bonjour,

      Votre bref billet de ce jour me touche particulièrement. Assurément la poésie peut être une joie profonde mais elle est aussi combat, exigence et sacrifice mais n’est-ce pas le propre de toute création ?

      Mangouste

    28. Sorbo22 dit :

      J’écoute régulièrement votre témoignage sur Jean Lartéguy, celui de mars 2011 à la radio ; j’ai le sentiment que votre nouvel ami et mon mari ont beaucoup de points communs. Leurs carrures forcent l’admiration. Mémoire éternelle (formule orthodoxe).

    29. Rufus le Chartreux dit :

      En réponse à votre appel à l’allitération, puis-je vous proposer celles du portrait d’un pigeon gastronome ?

      Gros, gras, graisseux, la gorge engoncée dans une gabardine grisâtre, il gagna de son air guindé un groupe de pigeonnes grivelées, grotesquement agglutinées autour de la dépouille d’un de leur congénères, qu’elles grappillaient et grattaient avec allégresse pour se garnir la panse. Les borborygmes et autres gargouillements qui glougloutaient dans sa gargoulette l’appelaient à la graille. L’œil hagard et globuleux, il se glissa sans élégance au milieu des gloutonnes, mais sans les regarder, en goujat peu galant, guignant sa part du régal. Cette galimafrée semblait une galantine à ce galapiat ganache, qui se rengorgeait en gonflant sa gargamelle, sous les gausseries goguenardes de la galerie, qui le trouvait godiche. Le galvaudeux gourmand se dégingandait gauchement, gêné par le moignon disgracieux sur lequel il devait gigoter, et la dégaine alourdie par la gastrectasie qui l’affligeait. Il se gobergea, et l’on vit ce goinfre mal dégrossi engloutir goulûment dans son gosier déjà gavé les agapes galeuses dont il se gargarisait pourtant. Mais en gargotant ainsi, il ne prit pas garde aux gouttières, d’où un vieux pigeon gâteux, un peu gaga déjà, largua grossièrement en grêle généreuse un guano grumeleux tout à fait dégoûtant. Regrettables dégâts, gigantesque gâchis ! Cette dégoulinade ne fut pas du goût du nigaud engourdi qui se fit pigeonner. Il renonça, déçu, à ses ingurgitations gargantuesques et déguerpit, aigri, vers d’autres régalades.

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